C’est bon, l’addiction.

Le 10/08/2019

Le portail était ouvert, alors je suis entrée, j’ai traversé le jardin, désert à cette heure de l’après-midi. Je n’ai vu aucune voiture au parking. En dehors du bruit léger de mes pas sur le gravier, on n’entendait que la stridulation des sauterelles ou des grillons au soleil, et peut-être aussi le friselis du vent lorsqu’il chatouille les feuilles des arbres.
Aux abords de la terrasse, les transats en rotin étaient abrités sous la treille. Quelques journaux gisaient au sol, sur la pierre fraiche. Un magazine était déployé sur ton ventre. Tu ne portais qu’un bermuda de bain et dormais du même sommeil paisible que tu as après avoir joui. J’ai hésité à déposer un baiser sur tes lèvres appétissantes, je craignais de te réveiller. Je me suis penchée pour déposer une enveloppe sur tes mains croisées sur le coeur et suis repartie aussi vite que j’étais venue.
Même endormi, tu restes vigilant. Quelques minutes seulement après mon passage, tu as ouvert les yeux avec étonnement : une lettre ? Posée sur toi ? Et où était passée toute ta famille ? Tu as d’abord épanché ta soif, puis déchiré l’enveloppe avec ce calme habituel qui est le tien, avec la lenteur qui te sert à masquer tes émotions. Il n’y avait rien d’autre qu’un plan du jardin, avec une croix rouge marquée à proximité du porche de l’entrée. Tu as constaté avec le même étonnement que moi que ta maison était vide, et, en te dirigeant vers l’emplacement désigné, tu as été décontenancé de constater que l’entrée était restée ouverte. Ensuite, tu as vu un large ruban rouge, sur lequel était écrit au feutre noir, en capitales, « remise » et au bout duquel était attachée une clé en ferraille un peu rouillée. Elle est à l’autre bout du jardin, dans la broussaille, et tu évites d’y aller : les ronces transpercent les vêtements et griffent les chairs.
Tu aimes autant les barrières qui te servent à garder ta maîtrise du monde, que trouver des opportunités nouvelles dans le chaos, là où il tente de naitre. C’est la raison pour laquelle tu as dirigé précautionneusement tes pas vers cette remise en suivant l’ombre des grands arbres. Elle était fermée à double tour, il faisait sombre, tu distinguais à peine le tracteur, des bêches pelle-mêle, des bâches recouvrant d’anciennes machines inutiles plus depuis longtemps. S’il n’y avait pas eu de curieuses émanations rappelant tout à la fois le romarin, la sarriette, le basilic et le chèvre-feuille, tu aurais rapidement refermé la porte pour regagner ton transat. Mais les effluves magnétiques piquaient ta curiosité. Tu as contourné les machines et avancé à pas prudents, pour découvrir tout au fond, sur une bâche, un lit de plantes. Pendant que pantois tu le contemplais en t’habituant à cette pénombre, j’étais déjà derrière toi et j’ai bandé tes yeux, sans que ai eu le temps de vérifier qui jouait avec toi. Tu t’es laissé faire lorsque par des gestes doux je t’ai fait comprendre qu’il fallait que tu t’allonges sur ce lit de fortune. J’ai ôté ton bermuda, et ai caressé tout ton corps alternant des gestes délicats avec une branche de géranium, à d’autres irritants avec des brindilles de pin, caresse, gifle, caresse, gifle ...
Tu connais mes pipes : j’ai joué avec ta bite et tes couilles de mes deux mains avant d’avaler tes couilles, puis ton gland exquis dans ma bouche. Parce que tu étais surpris, parce que tu risquais d’être surpris, parce que le danger stimule, parce que tu n’étais pas tout à fait sûr de qui te prodiguait ces délices, tu as eu une érection magistrale. J’en ai profité pour me caresser grandes et petites lèvres un moment avant de m’empaler avec enjouement. Assise sur mes pieds, mon corps ne reposait pas sur le tien, je pouvais effleurer ton gland, m’enfoncer jusqu’à la garde, exciter mon clitoris sur ton pubis, jouer avec tes couilles, faire danser mes hanches dans tous les sens, en contractant parfois mon sexe pour mieux enserrer le tien. Tu as pris mes seins dans tes mains à l’instant où j’allais jouir pour accélérer mon orgasme, alors au lieu d’accompagner la tension qui précède ta jouissance et ce moment où tes mains ordonnent les miennes pour que ton orgasme arrive exactement comme tu le souhaites, je me suis levée.
Je voulais que tu me prennes dans la poussière, sur le tracteur : je me suis assise au cul de la machine, les jambes écartées. Tu as arraché ton bandeau et m’as prise debout, avec une certaine violence. Tu pétrissais mes chairs de tes mains puissantes, je mordais ta bouche exquise, nous étions dans un feu de désir qui m’a rappelé la première fois que tu m’avais sauté, après un long refus. J’aime affreusement les moments où t’oppose à moi, puis, la tentation devenant trop grande, tu te déshabilles de ta rigueur et te lâches sans retenue.
Je te susurrais des cochonneries, je te rappelais mon côté chiennasse, gourmande qui en veut toujours plus. C’est seulement lorsqu’un deuxième, puis un troisième orgasme commençaient de me laisser fourbue, que tu t’es décidé à jouir avec force et fracas. Je ne voyais pas tes yeux briller, ni ta bouche se crisper, mais tout à coup, tu as paralysé mon corps et j’ai entendu ce râle si sonore que j’adore. Nous sommes restés de longues secondes collés en silence, je me suis agenouillée pour lécher nos fluides et m’imprégner de leurs odeurs, puis tu as enfilé ton unique vêtement, posé un baiser sur ma bouche et filé prestement.
Je reste allongée dans cette remise, parce que cette nuit, je viendrai hanter tes rêves et l’érection du souvenir sera assez intense pour te donner l’envie pressante de me rendre à nouveau visite en faisant fi d’un potentiel réveil de ta femme, qui à son tour trouverait la maison bien vide.
C’est bon, l’addiction.

Stéphanie L.