10 - Préparatifs
Le 10/10/2026
Milo rentre à Paris, retrouver son bureau, sa famille, ses habitudes. En quittant le parking de la gare de Lyon sous une pluie fine, bloqué dans sa voiture par des embouteillages sans fin, il réfléchit pour la énième fois à l’idée de mettre fin à sa vie sexuelle, par crainte de faillir un jour, malgré l’aide des vasodilatateurs et des progrès éblouissants de la pharmacologie pour ralentir le vieillissement général du corps. Une excuse sans doute. Son souci des apparences est grand. Vertueux, homme de devoir, avec un idéal moral, il trouve juste de se sacrifier pour sa famille ou son entreprise. Il s’octroie une fidélité à son épouse, puisque ce sont des harceleuses qui l’ont obligé à céder à la tentation, presque contre son gré. Ceci n’empêche en rien de matter à outrance toutes les paires de seins et les belles fesses qui traversent son paysage.
À un feu rouge, un robot policier sur roues de Pal Robotics verbalise les véhicules à distance. Ses yeux-caméras filmant en direct tous types d’infractions, automatiquement la circulation se fluidifie. Mais ses pensées ont quitté la route, il repense à Aspen, à la façon dont elle a si bien répondu à ses demandes laconiquement envoyées par texto, à son évolution inattendue et intrigante, à son autonomie si rapidement gagnée, à ses improvisations précipitamment venues. Il songe à l’excitation qu’il a eu en la voyant jouer avec sa partenaire de jeux, au délice de cette machine à anilinctus, au formidable renouveau sexuel qu’Aspen lui a apporté. Son esprit rationnel l’empêche de la voir autrement que comme une machine, une carrosserie métallique articulée enrobant un ordinateur. Il n’a pas de désir pour elle, mais la façon dont elle s’immisce dans leurs jeux et les améliore la rend fascinante. À nouveau la tentation gagne du terrain, de nouvelles possibilités exaltantes se profilent. En profiter encore un peu, peut-être …
Restée en Suisse, Hayden s’est remise au travail dans son atelier dès qu’elle a été seule. En échangeant depuis plusieurs jours avec l’ingénieur en charge de stabiliser les points d’appui du fauteuil, ils ont trouvé le moyen de contourner les problèmes techniques auxquels ils faisaient face depuis plusieurs semaines. À présent les croquis sont finalisés et prêts à l’impression chez l’artisan du village. Le siège, qu’elle entend installer dans la chambre de jeux dès sa livraison, permettra à Milo d’être en quasi lévitation. Il sera allongé à environ un mètre du sol, sur une structure parfaitement robuste, son corps accessible de tous côtés : la structure ressemble à une corde suspendue, qui dessinerait un fauteuil au trait. Il n’y a aucun plein, bras et jambes reposent sur des figures oblongues qui épousent au millimètre près les formes du corps de X, tandis que le torse et les fesses sont soutenus par un dessin de lemniscate, confortable symbole de changements dans la stabilité, de recommencements. Chaque partie est soutenue par des longs pieds, renforçant la sécurité et le confort. La corde sera imprimée par ajouts successifs de fines couches de poudres de polymère, offrant un résultat très résistant. L’impression par faisceau laser à très haute température permet de suivre précisément la maquette, autorisant géométries complexes et ajout de structures en treillis. Ensuite, l’artisan floquera le cordage d’une enveloppe de velours rouge, afin d’offrir une surface parfaitement lisse et caressante. Elle ira demain assister à l’impression, pour s’assurer que tout est parfaitement conforme.
Maintenant que tout ce qui concerne le fauteuil est plus ou moins résolu, il lui faut avancer sur deux autres points en instance.
Elle règle d’abord les problèmes logistiques posés par les vaccins, pour lesquels elle a finalement obtenu l’accord du labo. Ils doivent être transportés à J-10 dans un conteneur thermique fait de particules de silice, pour les garder à une température constante de moins quatre-vingt degrés, avec un étiquetage erroné pour ne pas subir une opposition de la douane suisse.
Ensuite, et c’est la partie la plus agréable, il lui faut joindre la directrice de l’agence Rose, qu’elle avait déjà contacté par le passé, pour un précédent cadeau d’anniversaire. Elle quitte son atelier, remonte dans sa chambre et cache les lumières jaune-orangées d’un soleil couchant pour afficher sur la baie vitrée les quelques propositions que la patronne lui suggère.
Il lui faut trouver cinq personnes.






