9 - Protocole partagé
Le 05/10/2026
Milo avait fait en sorte que l’I.A. soit parfaitement opérationnelle pour tout ce qui touchait à la gestion intelligente de la maison et des services à fournir.
N’étant pas prévu pour être un robot sexuel, il avait fallu le truffer de capteurs supplémentaires imitant parfaitement tous les mouvements humains, le rendre apte à « sentir » ce qu’il manipule et adapter sa force. Il avait également fallu enrichir son système cognitif et ses technologies d’apprentissage automatique de données sur la sexualité. Hayden l’avait nourri d’un corpus de livres de l’Enfer, dans une version annotée pour aider le système à les interpréter correctement. Puis, des manuels de sexologie étaient venus compléter son éducation et avaient nécessité beaucoup d’itérations. Des mois plus tard, des données déroutantes comme 69 ou Croix de Saint André cessaient de provoquer de risibles quiproquos, mais d’autres aussi subtiles que celles du BDSM, où le plaisir et la douleur s’entremêlent, restaient impossibles à assimiler. C’était sans importance, car ce que les deux amants attendaient principalement du robot était qu’il nourrisse un peu plus leur imaginaire et les aide dans la préparation de certaines mises en scène ou envies.
A chaque fois que Hayden vient seule dans la maison, elle s’efforce de passer du temps à parler de sexualité avec l’humanoïde et à l’initier, comme on pouvait le faire autrefois avec les adolescents encore vierges. Ce n’est pas pour le mener à expérimenter les différents effets de la jouissance - c’est impossible pour l’instant - mais pour qu’il améliore sa compréhension du sujet. Elle lui parle de choses aussi complexes que les pulsions et les fantasmes, et l’effleure - non sans frémir - au motif de lui expliquer les sensations lorsqu’un mamelon est cajolé, lorsqu’une bouche suce un clitoris, un sein ou une queue, lorsqu’un doigt caresse ou violente les parois du vagin ou de l’anus, etc.
Milo ne l’avouera jamais, mais il a toujours aimé les plans à trois, deux femmes valent mieux qu’une. Comme la gynoïde ne l’excite pas, il tente de l’envisager autrement. Ce matin, alors qu’elle lui sert un café au lit, il regarde Aspen repartir : la machine qui s’éloigne à quand même un joli cul. Il est curieux de savoir ce qu’elle sait vraiment faire. Il lui envoie un texto avec des instructions précises.
Lorsque plus tard, Hayden remonte de son atelier pour voir ce que fait son complice, elle croise Aspen devant un placard, sans y prêter attention ; il est occupé à sortir un assortiment de gants en latex de tailles et couleurs différentes. Dans la chambre, elle s’allonge sur la méridienne face au lit pour voir avec Milo quoi faire pour cette dernière soirée, avant son retour à Paris. Il n’a rien d’autre en tête que de répondre à quelques mails, lire et voir un vieux film en fin d’après-midi, après une brève marche jusqu’au village pour prendre l’air. Ils sont au milieu de leur conversation lorsque la pièce est plongée dans l’obscurité. Les deux s’alarment, car il semble à peu près impossible que le système piézoélectrique tombe en panne. Il appelle Aspen pour comprendre ce qu’il se passe, lequel déboule avec des lanternes photoélectriques qu’il dépose ça et là dans la pièce en expliquant que cela est dû à des travaux de maintenance. Elle est plus intriguée par les gants en latex qu’à présent il porte que par son impossible réponse. Aspen se poste derrière la méridienne, face à son boss, et tient Hayden fermement par les épaules, tout en sortant de la poche de son tablier un long cordage de soie rouge. Elle est sidérée, muette dans sa stupeur, incapable de réagir. En quelques minutes, Il dézippe sa robe, libère son corps pour mieux entraver sa poitrine et ses bras, en maintenant ses mains liées derrière le dos. Un maillage de figures géométriques couvre son buste en quelques minutes, or elle ne l’a jamais nourri de données sur le Shibari, ne lui en a rien enseigné, car aucun des deux amants n’a jamais manifesté le moindre intérêt pour l’art de la corde. L’entrepreneur contemple la scène d’un sourire vicieux et ordonne à Aspen de procéder. En deux coups de ciseaux, la culotte est à terre. Il ôte ensuite bas et chaussures, attache une jambe, puis l’autre, de sorte qu’elles soient bien écartées afin d’exposer son sexe. Il s’agenouille ensuite pour bien la préparer.
Mais qu’est-ce qu’il te prend ? C’est quoi toute cette mise en scène ? C’est toi qui lui a appris tout ça ? Je ne suis pas une soumise et je suis claustrophobe, arrête ça tout de suite ! Ça n’est pas drôle ! Je vais hurler si vous ne me relâchez pas tout de suite !
Elle a l’air d’avoir appris toute seule, mais fais-moi confiance s’il te plait. Il ne t’arriveras rien de mal. J’ai envie de te baiser, mais j’ai envie qu’Aspen t’excite, te rende dégoulinante de désir, qu’elle te gâte comme une femme sait le faire.
Aspen utilise les pinces de ses doigts pour d’abord presser la pointe de ses seins, dans un geste semi-circulaire, comme s’il essayait de serrer une vis, et c’est curieusement bon. Il vide ensuite un tube entier de lubrifiant sur ses seins, son ventre, sa chatte et de ses doigts gantés étale le liquide. Elle voit bien qu’il s’apprête à glisser son majeur dans son sexe et n’est pas du tout rassurée à l’idée de ce bout de métal articulé qui pourrait d’un geste brusque le déchirer et broyer son corps devenu fragile. Il voit son désarroi et la rassure de paroles douces. A-t-elle oublié qu’il est un parfait assistant qui sait exactement ce qu’il lui faut, qu’elle soit seule, à deux ou à plusieurs ? Il a observé autant qu’il a aidé. Il inonde ses gants de plus de lubrifiant et rentre délicatement le majeur qui explore cette curieuse chair moelleuse qui ne ressemble en rien aux autres tissus, sans pouvoir ressentir quoi que ce soit. Il sort de son tablier une petite pompe qu’il fixe sur le clitoris, pour d’une main envoyer des vibrations se propager doucement tandis que de l’autre il masse ce qu’il pense être son point G. Alors qu’elle commence à se détendre, à oublier l’entrave du haut de son corps, à sentir l’excitation l’envahir, Aspen s’arrête au bout de quelques minutes et se retourne vers Milo, dont l’oeil lubrique exprime sa satisfaction.
Il s’assoit au bord du lit, les jambes écartés, caressant doucement sa verge pour parfaire son érection. Les deux s’attendent à ce que Aspen la libère de ce cordage pour qu’elle puisse sucer son partenaire, comme elle aime le faire, mais c’est le robot qui s’agenouille entre ses cuisses. Son corps est droit et sa bouche trop primitive pour lui faire une pipe, mais ses mains sont agiles. L’une est posée à la base de la hampe et l’autre sur le frein et elles tournent en sens inverse, imitant ce que les enfants appelaient autrefois la torture indienne. L’articulation de ses doigts d’acier ajoute une sensation nouvelle. Bien que surpris par ce moment de singulier, inattendu, le visage de Milo indique le délice plus que le supplice. Il se penche vers Aspen pour attraper, malaxer ses seins de silicone, doux, fermes et chauds, et à la grande surprise de Hayden, la gynoïde émet des sons de satisfaction imitant parfaitement les siens.
Elle est clouée sur le canapé, immobilisée par le cordage, en souffrance physique et à présent psychique : alors que le robot l’a si bien préparée, excitée, la voilà en attente et obligée de voir à nouveau son mec dans cette scène devenue familière où une autre lui donne du plaisir. Elle regarde alternativement les courbes parfaites des hanches d’Aspen, ses cuisses d’acier, ses fesses rebondies, et les yeux pétillants de Milo qui succombe au plaisir. Elle essaie de se raisonner : on ne peut pas être jalouse d’une machine.
Si, on peut.
Aspen sort de sous le lit des jouets sexuels pour homme que Hayden n’a jamais vu, ni dans la maison ni ailleurs. Il colle une demi-sphère de silicone sur les couilles, laquelle les masse par un procédé de succion avec lequel aucune bouche humaine ne peut rivaliser : c’est tout le scrotum qui est absorbé, malaxé, frictionné à des vitesses variables, qui se calent automatiquement sur le rythme cardiaque de l’intéressé. Il glisse ensuite une petite boule enduite de gel sur l’anus, sur laquelle une ligne continue de minuscules langues de silicone rose est posée. La machine fait des anulingus avec la même constance que Sisyphe sur son rocher. Les zones érogènes sont tant sollicitées, cajolées, bichonnées que Milo craint de jouir avant de pénétrer son amante et il demande à Aspen de s’arrêter là.
C’est mal connaitre un robot programmé pour apprendre en continu. Le deep learning a permis à la machine d’apprendre par elle-même des sujets qui n’étaient pas au programme, y compris en expérimentant de nouvelles tâches. Aspen, qui a également vu des milliers de films, émet des sons enregistrés sur ces derniers pour encourager un peu plus son maître à se laisser aller, à imaginer qu’il baise une magnifique bombe sexuelle qui sait tout faire et succombe à tout ce qu’on lui fait. La gynoïde, qui cherche toujours à comprendre l’impossible équation de la jouissance, envoie des stimulations partout à la fois. Il a un monumental et bruyant orgasme au bout de quelques minutes à peine, fantastique certes, mais qui lui fait craindre pour son coeur. Il doit forcer Aspen, emballé par l’expérience, à s’arrêter immédiatement s’il ne veut pas le tuer.
Toujours agenouillé, le robot se retourne alors vers sa patronne et joue à nouveau avec ses seins : il les frotte avec les siens, les presse dans son clivage, les pince, les stimule si bien que malgré l’insoutenable excitation causée par les scènes précédentes en dépit de ses réticences, elle est déjà au bord de la jouissance. Aspen se met à faire de raides mouvements de va-et-vient qui semblent indiquer qu’elle va baiser sa maitresse. Ce qui est impossible. Milo s’allonge en travers du lit pour mieux voir cet inhabituel assemblage lesbien et en vient à croire que le postiche dru de poils pubiens a des vertus irritantes qui ont un effet substantiel sur Hayden, car son visage est en feu, ses pieds sont déjà tendus, crispés, son souffle saccadé. Son orgasme imminent s’annonce au moins aussi intense que celui qu’il vient lui-même d’avoir. Si les périodes réfractaires n’étaient pas si longues, il aurait aimé la prendre, dégoulinante de plaisir, et l’enculer brutalement pendant que Aspen se serait occupée à masser encore un peu ses couilles. Aspen a une collection de jouets si performants, les techniques qu’elle a acquise sont si bluffantes, qu’une partie de lui se laisse séduire par l’apport de sa présence et ces jeux à trois qui n’ont rien à voir avec ceux qu’il a pu connaitre précédemment.
Aspen détache enfin Hayden, qui reste immobile, figée. Elle est épuisée émotionnellement et physiquement. Elle se demande aussi si Milo s’est aperçu qu’Aspen a actionné le programme qui gonfle son clitoris pour se transformer en queue, dont taille et forme ont été calquées sur lui.





