1 - Prologue
Le 22/08/2026
Un jour de loisir, c’est un jour d’immortalité.
Proverbe chinois
La sexualité est partie intégrante de notre comportement. Elle fait partie de notre liberté.
La sexualité est quelque chose que nous créons nous-mêmes. C’est notre création propre, et elle est bien plus que la découverte d’un aspect secret de notre désir. Il faut que nous comprenions que c’est avec notre désir que nous créons de nouvelles formes de relations, de nouvelles formes d’amour, de nouvelles formes de création. Le sexe n’est pas une fatalité ; c’est la possibilité d’une vie créative.
Michel Foucault
Salomé tire l’épais rideau de velours occultant le jour qui entoure leur lit, la pièce lentement se remplit d’une lumière blanche et froide et dévoile à Jarilo le temps gris perle qui recouvre les montagnes enneigées. Elle retourne se glisser sous la couette, collant à nouveau son corps tiède à celui de Milo. Ils ont dormi collés l’un à l’autre et dans cet habitacle isolé du bruit leur sommeil est meilleur : une bulle de verre futuristique posée sur le flanc d’une montagne suisse, hommage aux maisons-bulles du hongrois Lovag, qui défendait l’architecture organique.
Depuis ce jour où les Russes ont appuyé sur le bouton nucléaire, les deux amants se retrouvent régulièrement dans ce refuge avec abri anti-atomique, comme il en existe dans la plupart des maisons suisses. Ardente défenseuse du progrès, de la technologie et de l’insoumission domestique des femmes, Salomé a acquis un robot domestique dès qu’ils ont été mis sur le marché. Aspen - c’est son nom - leur apporte machinalement deux cafés au lit, mais Milo, dont le tempérament est suractif, se tourne vers elle comme s’il était déjà pressé. Il caresse rapidement sa cuisse, vérifie d’un doigt la liquidité de sa chatte, puis lui tourne le dos et se lève pour prendre sa douche. La salle de bains est clinique : en dehors d’un parquet en teck chauffant et d’un moelleux tapis blanc en peau de mouton, tout est en verre ou en miroir, afin de refléter la grandeur du paysage et son silence. La douche, la baignoire, les toilettes, la vasque et le fauteuil translucides libèrent l’horizon tandis que quelques meubles ici et là le reflètent.
Milo effleure le miroir pour écouter les infos à la radio, fidèle à une même station comme à l’ensemble de ses habitudes et à son travail : ce sont des carcans qui le maintiennent dans la direction qu’il s’est fixé lorsque, jeune, il craignait de succomber aux tentations du plaisir. Il fait couler longuement une douche brûlante et la vapeur efface le paysage glacé à l’extérieur.
Salomé a l’air préoccupé. Elle boit l’un après l’autre les deux cafés devenus tièdes, sa main effleure distraitement la pointe d’un sein. Une jambe glisse au dehors du lit. Elle a les yeux dans le vide et le front plissé qui marque un peu plus ses rides.
Elle se décide à sauter du lit, traverse nue la chambre en évitant de regarder son reflet dans les quatre immenses blocs de miroirs - des tours posées au centre de la pièce qui dissimulent le dressing - et elle part le rejoindre sous la douche.






