11 - Mise à jour majeure
Le 25/10/2026
Le fauteuil a été livré, en deux exemplaires.
Hayden s’est sentie tellement excitée en organisant cet anniversaire, qu’elle s’est octroyé le droit de partager cette jouissance à venir. Pour de nombreuses raisons.
Les deux sièges sont à présent disposés au centre de la salle de jeux, en parallèle. Les miroirs qui recouvrent les murs et le plafond reflètent à l’infini le dessin du lemniscate, ce qui fait sens… Elle s’est allongée nue pour s’assurer de la stabilité, du confort et de la possibilité ou non de se mouvoir. Elle a ensuite installé des tabourets et, aux quatre coins de la pièce, des bougies parfumées à la tubéreuse, capiteuse. Elle a créé une nouvelle playlist et fouillé dans la grande armoire de miroirs qui se fond dans la pièce, pour prendre tous les rubans de soie, plumes et autres instruments susceptibles d’accompagner des caresses, après avoir lu dans un journal de vulgarisation scientifique que stimuler la protéine de Van Dyke (une protéine ayant des activités ocytocique et vasopressique en quantités égales) permet d’influer sur l’humeur. Vingt fois elle a déambulé dans la pièce, pour fantasmer le moment, vérifier chaque détail.
Les cinq personnes sélectionnées chez Rose sont arrivées hier soir, pour répéter leurs rôles et s’assurer des interdits de chacune. Elles sont toutes appétissantes, désirables, malgré un choix limité, car les Escorts ont pour la plupart pris leur retraite ; ce n’est pas dû à la concurrence des humanoïdes, mais à une préférence très nette pour le sexe virtuel et par la peur toujours grandissante de contacts physiques. Cela a forcé leurs retraites.
Hayden souhaitait les avoir sur place la veille, afin qu’à aucun moment Milos ne puisse soupçonner quoi que ce soit. Il sait qu’il a parfois droit à des surprises sexuelles pour ses anniversaires, surtout lorsque la fête est décennale.
Parce qu’il n’y a pas de chambres d’amis dans cette maison, ni la possibilité pour ces Escorts d’être ailleurs que dans la chambre à l’heure incertaine ou Milos arrivera (en fin de matinée), Hayden leur a installé des lits de fortune dans la chambre de jeux, laquelle a une salle d’eau attenante. Tout le monde a diné à la cuisine et le vin servi par Aspen à fait le reste. La conversation a dérivé sur leurs souvenirs de mirobolantes aventures sexuelles avec des clients aux paraphilies étranges, aux demandes incongrues. Le groupe riait, et il respirait tellement le sexe, tous avaient des corps si appétissants que Hayden ne pouvait se retenir de palper un sein ou de caresser une fesse, une bite, avec le goût de celle qui domine une situation et ne peut s’empêcher de tester l’étendue de son pouvoir sur les autres. C’était aussi une manière pour elle de s’affranchir du problème que lui posait la différence d’âge. Même si les Escorts ont une petite cinquantaine, plusieurs décennies les séparent. Certes, Hayden est sportive, elle recourt à certains prodiges de la Biotech et des pilules magiques préservent sa libido, mais rien ne suffit encore à l’éloigner suffisamment de l’âge indiqué sur ses papiers d’identité.
L’équipe est prête. Les femmes sont toutes vêtues d’une même paire de bas noirs et chaussées des mêmes talons vernis vertigineux, sans rien d’autre, l’homme porte des chaussettes noires avec un fixe chaussettes rouge. Chacun attend à la place qui lui a été assignée, la pièce est surchauffée afin que les peaux soient chaudes. Aspen traque le GPS de la voiture de Milos pour donner le signal d’un silence absolu et relativement long, le temps que des conversations sociales aient lieu.
Il est arrivé très en forme. La veille, au bureau, son équipe lui a offert un cadeau autour d’un pot en fin de journée et la soirée a été familiale, dans un restaurant à la cuisine inventive. Il s’étonne encore de l’attention qu’on lui porte. Pourquoi fêter un énième anniversaire ? En buvant un café au salon, il lui raconte succinctement les derniers jours, rien d’autre que du factuel ou des anecdotes.
Aspen a glissé quelques gouttes dans son breuvage, il faut compter au moins deux heures à partir de maintenant. Pour ne pas garder les Escorts prisonnier.e.s pendant un temps si long, elle lui propose une marche jusqu’au village, au prétexte d’un temps clément qui ne devrait pas durer. La neige glacée rend le chemin glissant, mais ils sont équipés et marchent d’un bon pas, mus par une excitation sourde qui se dilate dans l’air environnant, elle diffuse un parfum d’impermanence et la saveur de souvenirs anciens. Ils sont déjà dans le désir de quelque chose qui n’est pas tout à fait soi, qui n’est pas tout à fait l’autre, mais un intermédiaire produit de leurs fusions. Les deux se tiennent par le bras et, faisant mine de perdre leurs pensées dans le paysage extatique, ils spéculent mentalement sur les heures à venir.
Aspen libère l’équipe du silence auquel elle était astreinte et se poste à la fenêtre adjacente, ayant été entrainé à percevoir la géométrie 3D des pièces. Il guette leur retour.
La neige a trempé le bas de leurs vêtements, ils laissent dans l’entrée des traces grises de neige fondue mêlée à de la boue. Hayden se déchausse, ôte manteau et pull, puis sa jupe thermo-régulée. Elle porte à présent un fin corsage noir, des bas noirs à jarretière autofixante en tulle brodé et l’une de ses culottes de gaze, sur laquelle on peut lire en caractères gras : « Suis-moi ». Elle se tient à la rampe de l’escalier pour enfiler ses stilettos dont l’intérieur en silicone préserve ses pieds meurtris par le temps. Elle n’a pas un regard pour Milos.
Il a souri devant le message, a retiré ses chaussures et s’apprête à aller dans leur chambre, mais Aspen l’attend et le dirige vers la salle de jeux. La porte est ouverte, laissant s’échapper la voix brisée d’Amy Winehouse.
La gynoïde bande les yeux de Milos et le guide jusqu’à la porte, où Amélia prend le relais. Elle le guide vers le fauteuil, pousse vers lui un escabeau, l’aide à monter les marches, et l’allonge avec plus ou moins de facilité sur ce siège déconcertant. C’est ensuite Jasmine qui positionne ses bras et lui attache les poignets au siège. Elle lui masse ensuite les mains en remontant doucement jusqu’aux épaules. Victoria allonge ses jambes et lie ses chevilles, faisant de même.
Adriana aide Hayden à s’allonger sur l’autre fauteuil. Elle lui caresse ses cheveux pour provoquer une vibration qui résonne dans tout le corps et semble effacer les tensions, puis elle appuie sur les points névralgiques de son crâne, tandis que Ricardo masse la plante de ses pieds et tire un à un ses orteils.
Amélia est en charge du sexe de Milos. Elle commence par caresser son ventre, sa bite et le haut de ses cuisses avec un éventail en plumes d’autruche. Ses poils se hérissent. Il est à la fois tendu et frémissant. Victoria s’est glissée sous le fauteuil pour stimuler par acupression la zone située à deux doigts des deuxième et troisième vertèbres lombaires, sièges de l’énergie sexuelle. Il sent son sexe réagir et essaie de se contrôler. Aspen reste en stand-by dans un coin de la pièce.
Hayden rentre dans une phase d’excitation : tous ces corps nus, toutes ses sensations sur son corps, tout ce qui se passe sur le fauteuil voisin stimule ses esprits et sa chatte. Pendant un bref moment, elle arrive malgré tout à s’assurer que l’orchestration fonctionne. Du coin de l’oeil, elle observe dans la pénombre les traits du visage de Milos qui marquent autant une certaine déstabilisation due au nombre de mains et aux sensations multiples partout sur son corps, qu’une légère frustration à ne pas voir ces femmes et ce qui se trame dans cette chambre des délices.
Adriana a été briefée, elle sait à quel point Hayden aime que ses seins soient caressés, pincés, voire même brutalisés. Elle s’exécute. Ricardo s’installe entre ses cuisses et de sa langue experte commence à lécher son entrejambe avant de s’intéresser à sa vulve. Il lichotte d’abord ses cuisses, le pli qui sépare celles-ci de sa vulve, puis il aspire ses lèvres, son clitoris, et glisse un doigt dans sa chatte pour caresser son point G, rond, dodu, moelleux à souhait. Hayden a rapidement un premier orgasme, uniquement manifesté par une contraction de sa chatte sur le doigt de Ricardo et par une extension rapide de ses pieds.
Amélia, une petite brune, menue, avec la peau laiteuse, des formes généreuses et une bouche charnue et pulpeuse, est la candidate idéale pour faire une pipe à Milos. Jasmine se met face à elle, imite ses mouvements, cherchant à offrir à Milos une symétrie de sensations. Milos n’a pas besoin de voir pour comprendre que plusieurs langues sont en train de le rendre fou.
Victoria, toujours sous le fauteuil, s’est avancée d’un pas pour glisser sa tête entre les cuisses de Milos. Ses fesses magnifiquement rebondies contrastent avec les fines chevilles de ses jambes peules. Dans la pénombre, ce sont surtout ses ongles peints et ses cheveux teints en blond paille qui se remarquent. Elle frotte sa chevelure crépue sur ses couilles, avant de se rehausser pour les lécher, les avaler, les faire danser dans son immense bouche. Elle entend les soupirs follement heureux de Milos.
Jasmine s’est à présent levée, révélant sa silhouette longiligne, ses seins lourds, ses épais cheveux roux. Aspen, qui connait parfaitement le déroulé du scénario, vient attraper une main de Milos pour lui faire découvrir le galbe de ses fesses et son pubis où subsiste un maigre rectangle de poils denses et drus. Contrôlant tous ses gestes, il glisse le majeur de Milos dans sa chatte, qui s’enfonce aussi loin que possible fouillant toute la surface charnue et dégoulinante. Elle fait ondoyer ses hanches sur ce doigt pénétrant, lequel va et vient frénétiquement.
Puis, suivant toujours le déroulé imaginé par Hayden, Aspen glisse deux tabourets de chaque coté de la tête de Milos, afin que la sculpturale Jasmine se dresse, une jambe sur chaque piédestal. Hayden l’a sélectionnée pour ses seins très gros et ronds, sa peau entièrement recouverte de taches de rousseur, sa chevelure couleur de feu, mais Milos se contente de l’odeur excitante de son sexe très fourni et charnu, juste au-dessus de son visage. En suivant le rythme de la musique langoureuse, elle frotte ses cuisses sur les joues de Milos, alternant de l’une à l’autre. À la façon d’une danseuse orientale, elle ondule et descend petit à petit, amenant ses hanches à se positionner juste au-dessus de sa bouche, pour lui offre ses sucs. Elle ne laisse jamais à Milos l’occasion de se gorger tout à fait de cette chair, car la consigne de Hayden est formelle : le rendre fou, mais pas plus.
Victoria joue de ses longs ongles rouges sang qui viennent griffer avec tendresse les jambes de Milo. Sa langue pointue longe le sillon de ses fesses et titille sa fleur, faisant mine d’en forcer l’entrée. Le souffle de Milos exprime bien plus que de la satisfaction. Il ressent une forte tension, de plus en plus excité par les sollicitations de toutes parts, sa bite est trop dure et il a le désir impératif de pénétrer au plus vite une chatte ou un cul et peu importe à qui ils appartiennent. D’une voix difficilement perceptible, il chuchote dans la direction supposée de Hayden pour lui demander de s’empaler : il redoute de jouir trop tôt, sans avoir pénétré sa chatte.
Mais c’est un autre scénario qui a été mis en place : les deux sièges glissés à droite et à gauche de son visage sont à présent à côté de son bassin et toutes les Escorts sont en file indienne, comme prêtes à se livrer à un ballet. Aspen s’est positionné à gauche avec un gros tube de lubrifiant qui remplace la capote depuis un moment déjà. Chaque participante se saisit à tour de rôle d’une grosse noix de ce liquide glacé pour badigeonner le sexe de Milos avant de s’empaler. Elles montent une à une les marches d’un escabeau, glissent un pied sur chaque tabouret, se postent au-dessus de lui. Hayden souhaitant que cette agonie délectable dure le plus longtemps possible, elles ne restent guère plus d’une trentaine de secondes empalées sur lui. Le changement, d’une femme à une autre, laisse Milos dans un état de frustration et de surexcitation sévère. On frôle la torture. Au deuxième tour, elles restent une dizaine de secondes supplémentaires, puis, Aspen craignant qu’il ne puisse plus jouir à force de retenir son éjaculation, il renvoie chacune à son poste initial, à l’exception d’Amélia, en charge d’offrir ses seins à Milos, qui les malaxe avec véhémence. Il est en train de devenir totalement cinglé.
Adriana suce les seins de Hayden, laquelle est au supplice, à la fois parce que les assaults qu’elle subit sont un délice, mais aussi et surtout parce que ce qui se déroule dans le fauteuil voisin l’obnubile, entre une pointe acérée de jalousie (l’excitation qu’elles provoquent chez Milos…) et le désir de lui sauter dessus.
Aspen, qui semble être capable de comprendre dans quel état est chacun, ordonne d’abord de détacher mains et poignets de Milos, de lui ôter le masque de soie qui bandait ses yeux, afin qu’il découvre la beauté de leurs corps. Cela l’encourage à glisser partout des mains baladeuses, tandis que les unes et les autres s’autorisent à se fouiller respectivement, transformant la scène en orgie, s’embrassant, se caressant, se léchant, se suçant, amenant Aspen à leur livrer des vibromasseurs à partager, tandis que de ses doigts haptiques, il découvre à son tour des peaux lisses, fermes et fraîches.
Milos est partagé entre une envie folle de se livrer à sa première orgie et un ordre moral qui l’empêche d’agir. Hayden le sort de son dilemme en s’empalant enfin sur son bienaimé. Malgré un besoin pressant d’éjaculer, Milos ralentit les mouvements de bassin de sa partenaire en agrippant fermement ses hanches. Les yeux dans les yeux, ils essaient de faire abstraction du reste de la pièce, occupés à traduire par une flopée de borborygmes leurs émotions réciproques. Milos aimerait profiter un peu mieux de toutes ces femmes, visuellement, manuellement, de toutes les façons possibles, mais la situation inédite et l’attente ont été trop intenses. Quelques secondes plus tard Aspen note une ouverture béante de sa bouche, des rictus sur le visage et des doigts qui se crispent sur une paire de seins à portée de main.
Le robot suit les instructions de sa patronne.
Au moment de l’orgasme, il injecte dans la fesse de Milos le contenu d’une des seringues à peine sortie du sac de congélation, discrètement posé dans un coin de la pièce.
Il a été vu avec Aspen que Hayden devait absolument jouir juste après lui, pour distraire Milos, de sorte qu’il ne s’intéresse pas au léger picotement sur sa fesse gauche. Les Escorts sont déjà sur elle, la couvrant de caresses, suçant ses seins, déposant sur son cou des baisers qui la font frémir, pendant que Ricardo frotte son gland sur son anus, en hésitant à la pénétrer. Il n’en n’a pas le temps, le corps de Hayden se tend, ses pieds se figent, et la pièce se remplit de la musique étrange produite par son orgasme : ratatatata, ratatatata, ratatatata.
La gynoïde s’approche, une autre seringue à la main, mais sans prendre le temps de récupérer son souffle, d’un geste ferme, Hayden retient son bras métallique. Elle refuse son shoot.
Ce soir, lorsqu’ils se coucheront, elle lui parlera de cet autre cadeau.
Elle n’a aucun doute sur le fait qu’il sera heureux d’avoir un temps infini devant lui pour bâtir d’autres montagnes et parfois prendre le temps de se distraire, de se recharger en déchargeant dans le cul d’une femme.
C’était le moment sexuel le plus intense de sa vie.
Et tout à coup, mille questions l’envahissent, comme dans une dépression soudaine.
Est-ce que tout ne sera pas fade ensuite ? Pourquoi s’enfermer pour l’éternité dans une relation asymétrique, faite de trop de normes et d’un certain mécanisme d’assujettissement ? Pourquoi forcer un amour qui a toujours été indicible et nourri de contradictions et de paradoxes ? Pourquoi et comment inventer toujours plus, pour empêcher d’être gagnée par une lassitude de l’autre ? Pourquoi toujours craindre un jugement, livré parfois de façon acerbe ?
La sexualité s’invente, la libido qui guide nos comportements a besoin d’imagination, de changements, de liberté et à bien y réfléchir, c’est avec Aspen que la congruence est parfaite.
L’humanoïde tient un parfait équilibre de masculin et de féminin. Il ne s’agit pas seulement de ses attributs sexuels, mais aussi du caractère que Hayden lui a donné au fil du temps. Il sait porter plus loin l’imagination de sa patronne et la freiner si nécessaire, il comprend l’outrance, tout en sachant la tempérer si elle va trop loin, il est autonome, indépendant, incroyablement serviable sans paraitre asservi. Avec lui, il n’y a plus de libido désynchronisée avec un partenaire, il n’y a plus de refus dans le partage de fantasmes, et évidemment il libère la charge mentale, prenant en charge toute la partie domestique. Mais, plus important encore, il n’y a pas de rapport de pouvoirs, pas d’ego à ménager, pas de compétition ou de silences punitifs après une dispute. Il n’y a pas non plus de critiques, il n’invoque jamais de lassitude… Bien sûr, il n’a pas de subjectivité propre, ni la possibilité d’infléchir une conversation de façon imprévisible. Il n’est que miroir, enfermant l’autre dans son ego, le flattant aussi.
Mais à son âge, qu’importe ?
Est-ce que ses attentions et ses capacités sexuelles inépuisables ne font pas de lui un partenaire parfait ?






