Effacement de la vie sexuelle au Japon ?
Le 16/10/2026
Le docteur Peter Ueda, chercheur à l’Université de Tokyo et assistant professeur au Stockholm’s Karolinska Institute, en Suède, a récemment publié une étude montrant que la fréquence des rapports sexuels chez les Japonais est chaque année moindre. De multiples raisons sont avancées.
Un.e Japonais.e sur 10 atteint la trentaine sans avoir jamais eu de rapport sexuel.
La moitié des jeunes entre 20 et 24 sont encore vierges (60% des hommes et 51% des femmes), là où seul un tiers des personnes étaient concernées en 2002 (l’étude ne porte que sur des rapports hétérosexuels, les rapports homosexuels étant culturellement ignorés).
Le problème pour la nation est démographique : si rien ne change, la population, qui est actuellement de 123 million de personnes, sera de 87 millions en 2070.
La difficulté pour la population elle-même est paradoxale : les gens déclarent que les relations sexuelles contribuent activement à leur bonheur, mais ils sont pourtant sexuellement inactifs et se marient de plus en plus tard.
Or, il semble que les sociologues eux-mêmes ne parviennent pas à résoudre l’étrange équation.
Le phénomène a démarré dans les années 80 : les Japonais.e.s restent seul.e.s de plus en plus longtemps, selon une étude sur la fertilité nationale. Celle-ci montre qu’en 2015, un tiers des hommes et femmes dans la petite trentaine étaient célibataires et souvent encore inexpérimentés sexuellement.
L’argent.
La première raison avancée serait l’argent.
Il semblerait que les Japonaises souhaitent épouser des hommes financièrement stables, selon une étude américaine portant sur 9.000 Japonaises. Cette même étude avance qu’en 2025, ces femmes préfèraient rester célibataires, plutôt que de réviser leurs critères financiers. Ce choix, s’explique par la disparité profonde de salaires entre femmes et hommes au Japon. Selon l’OCDE, leur salaires moyens seraient inférieurs de 22%. Par ailleurs, il est attendu d’elles qu’elles sacrifient leurs carrières pour s’occuper de leurs enfants et de leur maison, alors qu’elles font de plus en plus d’études longues et brillantes. Il devient donc préférable pour elles de continuer à travailler au détriment de leurs vies privées, car la conjugaison de la durée des transports et des horaires de travail rendent difficile le maintien d’une carrière en parallèle à la création d’une famille.
L’éducation sexuelle.
Dans un pays où l’érotisme est un art qui atteint des sommets, il n’y a paradoxalement pas de culture du sexe, qui n’est enseigné nulle part, ni même de la relation amoureuse. Par conséquent une personne sur 3, entre 18 et 34 ans, n’a aucun désir de relations. Le Covid a probablement renforcé ce phénomène chez les femmes, pour qui être célibataire est synonyme de liberté, tandis que chez les hommes c’est le sentiment de solitude qui prévaut.
Mais le désintérêt pour le sexe est le même pour les deux.
L’absence d’éducation sexuelle, y compris pour comprendre la reproduction, a des effets pervers, car la procréation hors mariage est très mal vue et se conclue généralement par un avortement.
Le travail.
Le mariage n’est sans doute pas le seul problème.
La moitié des couples de moins de 50 ans ont peu ou pas de rapports sexuels. En 2023, il étaient 48,3% à déclarer n’avoir eu aucun rapport sexuel dans le mois précédent l’enquête. L’explication tiendrait dans le lien culturel entre sexe et procréation, et la fatigue structurelle des femmes dues à la vie domestique, ce que 24% des époux déplorent. Mais un des facteurs qui affectent le plus l’ensemble de la population porte sur les heures de travail (50h par semaine ou plus) auxquelles s’ajoutent des temps de transport quotidien de 2 à 4h par jour. En effet, les loyers onéreux obligent les populations à vivre loin des centre-ville, pour des surfaces par ailleurs très petites (qui ne facilitent pas non plus les rapports sexuels lorsque un ou des enfants font partie du foyer). Il semble difficile dans ces conditions de désirer autre chose que le repos.
Les hormones.
Un autre facteur affecte la libido japonaise : des dysfonctionnements hormonaux, dus au stress. Des taux de cortisol élevés et des taux de testostérone bas chez les hommes (dus là la pollution d’une part et aux phtalates dans les plastiques alimentaires) peuvent être d’autres facteurs affectant la vie sexuelle des Japonais.
Mais les chercheurs ne concluent rien, d’abord parce qu’il reste une inconnue autour des relations homosexuelles, passées sous silence. Ensuite, parce que d’autres facteurs non encore répertoriés (temps passé en ligne, consommation d’alcool...).
Pourtant, les bienfaits de la sexualité sur le mental...
© Illustration : SecondSexe & I.A.





